Face aux changements climatiques, économiques et sociaux, les agronomes examinent, à l’échelle du globe terrestre, de nouvelles voies pour l’agriculture. Leur but est de développer, pour et avec les agriculteurs, des solutions pour chaque situation, qui peuvent être adoptées rapidement, en particulier par les plus pauvres.
Principe :
Différentes pratiques basées sur le non labour, les plantes de couvertures, le semis direct, etc… ont été étudiées dans le monde. Le Cirad et ses partenaires, en particulier L. Séguy au Brésil, ont développé des systèmes basés sur le semis direct sur couverture végétale permanente du sol, imitant l’écosystème forestier tout en accroissant la production des plantes.
Dans ces systèmes, le sol n’est jamais travaillé et une couverture morte ou vivante est maintenue en permanence. Les pailles proviennent des résidus de cultures, de cultures intercalaires ou de cultures dérobées utilisées comme «pompes biologiques». Ces plantes ont des systèmes racinaires puissants et profonds et peuvent recycler les nutriments des horizons profonds vers la surface, où ils peuvent être utilisés par les cultures principales.
Ils produisent aussi rapidement une importante biomasse et peuvent se développer en conditions difficiles comme durant les saisons sèches, sur des sols compactés, et sous une forte pression des adventices. La couverture peut être tuée (coupée, ou par pulvérisation ciblée d’herbicide), ou gardée vivante mais contrôlée par une application à faible dose d’herbicides spécifiques. La biomasse n’est pas enfouie dans le sol mais elle est conservée en surface. Cela évite sa dilution et permet au sol d’agir comme un réacteur biologique. Les semis sont réalisés directement dans la paille, après ouverture d’un simple trou ou d’un sillon. Les Brésiliens ont conçu et vulgarisé des équipements adaptés à cette technique
pour tous les types d’agriculture : semoirs motorisés pour les grandes et les petites exploitations, semoirs à traction animale, roues semeuses et cannes planteuses. Les agriculteurs les plus modestes peuvent peuvent également utiliser un simple bambou ou une houe.
1/ Performances techniques
La couverture végétale permanente :
· Prévient l’érosion
· Augmente l’infiltration
· Réduit l’évaporation
· Tamponne les températures
· Crée un environnement favorable au développement de l’activité biologique
· Contrôle les adventices
· Accroît le taux de matière organique
Des plantes avec un système racinaire puissant, et une activité biologique intense participent à :
· l’amélioration de la structure du sol
· l’accroissement du taux de matière organique
· l’alimentation des cultures et au recyclage des nutriments lixiviés, particulièrement les nitrates
· l’utilisation de l’eau profonde du sol pour la production de biomasse durant la saison sèche.
En conséquence, l’utilisation rationnelle de l’eau et des nutriments est accrue. Les récoltes augmentent, et se stabilisent. De plus, en grandes parcelles sur les sols acides ferrallitiques des Cerrados au Brésil, et sans irrigation, des rendements jusqu’à 7 t/ha de riz pluvial, 5 t/ha de coton et 4,5 t/ha de soja peuvent être atteints, avec une réduction de 30 à 50 % de la fertilisation minérale.
Des productions diversifiées
Une agriculture durable basée sur le semis direct sur couverture végétale n’est pas envisageable sans rotations de culture et productions diversifiées, ce qui augmente favorablement la biodiversité (particulièrement la faune, des micro-organismes à la macro faune).
L’intégration de l’élevage avec les cultures est possible car la plupart des plantes utilisées pour l’amélioration de la structure du sol et la production de pailles sont aussi d’excellents fourrages. L’association entre culture, fourrages et arbres donne également de bons résultats.
Des programmes de sélection variétale (avec des techniques classiques de sélection) Conçus pour une utilisation en semis direct sur couverture, ils permettent de créer et de sélectionner des variétés aptes à la fois à utiliser et à accroître les performances de ces systèmes de manière à optimiser les relations : génotype x gestion des sols x rotations.
2/ Considérations environnementales
Cette agriculture agroécologique propose des solutions pour les principaux défis que le monde doit affronter à court terme :
· Protection des sols et régénération de leur fertilité
· Séquestration du carbone et réduction de l’effet de serre
· Réduction de la consommation d’eau pour la production agricole, et productions pluviales dans les zones marginales
· Réduction des doses d’engrais et de pesticides, diminuant leur impact sur la pollution et améliorant la qualité et la sécurité alimentaire · Effet tampon pour les flux d’eau et réduction des risques d’inondation
· réduction de l’agriculture itinérante et de la déforestation
3/ Aspects sociaux et économiques
Outre les aspects positifs sur les plans technique et environnemental, un intérêt majeur de ces systèmes est qu’ils sont particulièrement attractifs sur le plan économique du fait de la réduction des temps de travaux et de leur pénibillité, de l’optimisation de l’organisation du travail avec un accès facilité aux champs, mais aussi de la réduction de la consommation en carburant pour les grandes exploitations, des intrants (engrais, pesticides), et des investissements (tracteur, charrue, etc.). En conséquence, ces systèmes procurent une meilleure rentabilité
de la terre, du capital et du travail que les systèmes conventionnels tout en préservant l’environnement. Sur le plan social, la protection du sol est fondamentale : perdre sa terre condamne le paysan. La large capacité d’adaptation de ces systèmes aux diverses conditions agroécologiques, moyens de production, et niveaux d’intensification, les rend aussi accessibles aux différentes catégories d’agriculteurs, y compris les plus pauvres. De plus, le semis direct sur couverture végétale permanente est le premier moyen crédible et vulgarisable d’aboutir, pour les moins favorisés, à une agriculture biologique qui leur permettrait d’augmenter la valeur ajoutée de leurs produits en leur ouvrant le marché mondial parce ces derniers répondent aux besoins des consommateurs.
Tous les spécialistes s’accordent pour dire qu’en 10 ans, le Brésil avec plus de 13 millions d’ha cultivés en semis direct, a préservé plus d’un milliard de tonnes de terres arables, économisé onze milliards US$ et 1,3 milliard de litres de carburant, et a séquestré plus de 500 millions de t de CO2 (Borges et al., Editorial, Especial 10 anos retrospectiva dos principais fatos que foram noticia-Revisão plantio direto, edição n°59, 09 10 2000). J. Landers et l’«Associação de Plantio Direto no Cerrado» (2002) indiquent que du fait de l’utilisation du semis direct, 18 t par ha et par an de sol sont préservés (réduction de 76 % des pertes dues à l’érosion par rapport aux systèmes conventionnels au Brésil), et le ruissellement est réduit de 69 %.
VERS UNE AGRICULTURE DURABLE, SI…
L’adoption de systèmes de semis direct par les agriculteurs dépend de l’implication des acteurs dans la démarche adaptative et participative. Accompagnés par les agronomes, les agriculteurs réalisent progressivement que les systèmes qu’ils développent peuvent combiner amélioration des sols, production, bénéfice économique et respect de l’environnement. Les premières étapes sont difficiles et doivent être appuyées par des spécialistes. Le semis direct sur couverture végétale représente des changements radicaux, aussi bien de mentalités que de pratiques. Il n’est pas seulement une association de techniques de conservation des sols, c’est surtout une autre manière de produire, en harmonie avec la nature.
Source agroecologie.cirad.fr



















herve vincent
16/12/2011
en france, ce genre de technique a guère de succé, en ce debut de 21ieme siecle, l’innovation n’est manifestement plus dans la veille europe, mais dans les pays emergents. il est vrai que les lucratives aide de l’etat permettent encore ( mais pour combien de temps ?) d’achetter fioul, ammonitrate et tracteur surdimentionné ( la fierté du paysan ). quand on reflechit au fait que depuis la seconde guerre mondial, la perte du taux de matière organique des sol francais correspond a la mineralisation de plusieurs millier d’unités d’azote a l’hectare, et qu’il n’y a bientot plus rien a mineraliser, et quand plus de cela la faillite programmée des etats occidentaux coupera le robinet des subventions, on imagine bien dans quelle difficultées vont se debattre les agriculteurs qui n’ont pas compris qu’il fallait arreter le moyen-age a charrues.
Poux Laurent
14/02/2012
Bonjour, enseignant de biologie en lycée, je souhaiterai montrer cette vidéo à mes élèves des classes de 1ière dans le cadre des cours portant sur l’agriculture durable et raisonnée.
Vous serait-il possible de me communiquer le moyen d’en disposer à des fins pédagogiques.
Merci par avance de votre réponse.